
C'est avec un grand bonheur et une certaine fébrilité
que je vous livre une petite partie de moi-même. Ce poême est
l'oeuvre d'une mère qui aime et désire partager ses sentiments,
ses craintes et appréhensions. Cette petite ouverture dans mon coeur
est une invitation à passer un moment de tendresse virtuel...
Bilan maternel
Aujour'hui j'me laisse aller
Aller à rêvasser
J'ai maintenant dépassé
Plus de quarante années.
J'ai appris à aimer
J'ai appris à compter
Vingt deux années
Se sont écoulées
Depuis que j'me suis mariée.
J'ai pu multiplier
Trois fois une unité
Ce qui m'a donné
Trois enfants à aimer.
Pour traverser de l'enfance à la maternité
Il n'y a que très peu d'années
Il faut de l'honnêté
Pour y arriver
On se laisse apprivoiser
Et nous voilà sur le palier
On se laisse guider
Par des enfants à aimer.
Par eux, j'ai appris à materner
J'ai appris à chouchouter
J'ai appris à m'inquièter
J'ai appris la complicité
J'ai ri et chanter
Nous nous sommes amusés
Nous avons tous passé
Des moments enchantés.
J'aurais parfois aimé
Un peu de liberté
Pour me retrouver
Je n'ai pas cherché
À le cacher
J'ai parfois pleuré
J'ai parfois chicané
J'ai parfois crié
Mais je n'ai pas oublié
D'aller les border
Ni de les embrasser
Au coucher.
J'me suis parfois trompée
Mais je n'ai pas renoncé
J'ai simplement recommencé
En apprenant à me pardonner
J'ai parfois dû reculer
Pour mieux sauter
Et ce n'est pas terminé
J'ai un p'tit dernier.
Les plus vieux sont passés
Au stage d'aimer
Mon dernier est entré
En troisième année.
Il ya douze années
Entre mon aîné et mon dernier
Et deux années
Entre mon second et mon premier
Puis-je imaginer
Sans risquer de me tromper
Le nombre de gardiennes demandées
Depuis vingt et une années.
Une question m'a souvent été posée
Par mon monde affamé
Qu'est-ce qu'on va manger
Ce soir pour souper
J'ai appris à composer
Des menus santé
Mes repas variés
Sont fortement appréciés
Et en panne d'idées
J'ai parfois commandé
Mais je n'ai pas encore accroché
Mon tablier.
Le nombre d'assiettes lavées
De vêtements repassés
De planchers balayés
Le reste on peut l'imaginer
Reste incalculé.
Il est impossible de comptabiliser
La gratuité
Des gestes posés
En une année.
Que de sourires adressés
À mes petits apeurés
Pour les rassurer
Que de nuits dérangées
Par mes jeunes enfièvrés
Que j'ai soigné
Et puis bercer
Pour les consoler.
Que de secrets j'ai dû garder
Pour un Père Noel inventé
Que de mots épelés
De devoirs corrigés
De leçons récitées
De gestes réprimandés
D'efforts encouragés
De propos échangés
Au cours des années
Dans le but d'arriver
À rendre mes gars balancés
Pour qu'ils vivent heureux en société
"C'est l'art de la maternité"
Dieu a sûrement pensé
À nous combler
Dans l'Éternité.
Renée Couture